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English version : PRESENTATION
English version : HISTORY
La constitution de la "Grande Région" provoque chez d'aucuns des questions relatives au caractère apparemment arbitraire de l'association d'entités aussi différentes que la Sarre, la Lorraine, le Luxembourg et la Région wallonne.
L'objet des présentes réflexions est de démontrer que l'histoire a perpétuellement associé ces diverses entités, depuis la plus haute antiquité ; il faut néanmoins remarquer que l'association dont il est question ne peut jamais recouvrir de manière précise les territoires administratifs actuels associés dans le projet.
En effet, les frontières (limites) de ces territoires n'ont été fixées définitivement qu'au XIXème et au début du XXème siècle. (cartographie)
En conséquence, les observations ci- après devront être appréciées dans le rapport relatif entre les entités administratives "modernes" et des entités plus anciennes (Belgica romaine, Principauté de Liège, Lotharingie,etc…) dont les limites quelquefois dépassent celles des entités administratives actuelles ou parfois ne les recouvrent pas entièrement.
Pour terminer cette introduction, nous pouvons faire nôtre cette déclaration catégorique des chanoines du chapitre cathédrale de Liège au Xème siècle : "La Gaule nous compte parmi ses habitants les plus éloignés, la Germanie parmi ses ressortissants les plus proches. Quant à nous, nous ne sommes ni de l'une ni de l'autre mais nous sommes à la fois l'une et l'autre".
La préhistoire | L’époque gauloise et romaine | Le Moyen Age
La préhistoire 1 Sans que cela soit particulièrement significatif pour notre recherche, étant donné l'étendue des territoires concernés, il faut néanmoins relever une présence importante du paléolithique ancien et moyen du nord du 50ème parallèle dans une zone s'étendant du Hainaut et de la province de Liège jusqu'au Rhin (Spiennes, Spy, Furfooz, Néanderthal).
L'époque gauloise et romaine 2 Les territoires de la "Grande Région" étaient à l'époque préromaine, occupés par deux peuplades gauloises d'origine celtique souvent considérées comme peuples de la "Gallia Belgica".. Les Médiomatrices (Metz) et les Trévires (Trèves).
Le territoire des Médiomatrices correspondait sensiblement au département actuel de la Moselle et à une partie de la Sarre. Le territoire des Trèvires s'étendait régionalement sur l'actuelle province de Luxembourg, la Belgique du Sud-Est, le Grand-Duché de Luxembourg, le Land de Rhénanie-Palatinat, avec les districts de Trèves et Coblence et une partie de la région de Birkenfeld et de Sarre occidentale.
Après les affrontements violents avec César et leur soumission définitive, les peuplades gauloises, Médiomatrices et Trévires seront administrativement intégrées dans les provinces romaines attenantes aux limes de Germanie c'est-à-dire la Belgique première, la Germanie première et la Germanie seconde.
Territorialement, il apparaît que nous sommes ici en plein dans le thème qui nous intéresse. En effet, tant à l'époque préromaine qu'à l'époque romaine, les territoires de la "Grande Région" se présentent avec une vocation commune.
A l'époque romaine se manifeste encore une évolution identique.
Les régions concernées apparaîtront comme des alliés fidèles et des remparts solides face aux Germains insoumis. Culturellement, économiquement, socialement, militairement, le devenir est commun. Sans entrer dans les détails, il nous faut insister sur la brillante synthèse culturelle des apports romains et des traditions locales, l'importance de la taille de la pierre, de la bijouterie, des constructions privées et publiques avec leurs mosaïques. Economiquement, les grands besoins des troupes romaines stationnées sur le limes entraînèrent un commerce actif et une abondante production locale avec le développement des villas. Socialement, toute la région se voulut une Rome "au petit pied" développant les cultes romains (abondance de sanctuaires de Mithra) et adoptant les institutions et les mœurs romaines. En nous limitant dans notre propos, rappelons simplement l'exposition remarquable qui s'est tenue en octobre 1983 au Musée du Luxembourg à Paris et qui s'intitulait "La civilisation romaine, de la Moselle à la Sarre".
Cette exposition était, faut-il le rappeler, patronnée par la commission régionale Lorraine-Luxembourg-Rhénanie-Palatinat et Sarre. Cette exposition avait déjà pour but de montrer le caractère commun de la civilisation romaine dans cette première ébauche de la "Grande Région". Sans doute faut-il regretter qu'à l'époque, la Wallonie et la Communauté française de Belgique n'aient pas été associées. Leur présence aurait richement complété l'exposition évoquée par les exceptionnels témoignages lapidaires du Musée d'Arlon, la moissonneuse trévire de Buzenol, les témoignages archéologiques du Musée de Namur ou les verreries du Musée du Cinquantenaire. Elle aurait de plus conforté l'image non arbitraire de cette "Grande Région" dont la réalité éclate sans hésitation.
Le Moyen-Age 3 De l'époque carolingienne à l'aube des temps modernes, la "Grande Région" est caractérisée par une destinée commune bien que, ses limites ne correspondent pas de façon absolue à celles des entités médiévales.
1) Les Carolingiens La fortune de la région viendra d'une part du phénomène important d'évangélisation de la région avec Saint-Lambert. Le culte de Saint-Lambert après son assassinat, disséminera largement dans les territoires de Meuse, Moselle et Rhin. Il constitue le fondement du développement des abbayes et des églises et, de façon générale, des structures religieuses, autour du futur archevêché de Cologne. D'autre part, la région, particulièrement prisée par les Pippinides, fut le territoire favori des Carolingiens avec Jupille, Herstal, Liège, Aix-la-Chapelle et Cologne. L'effort missionnaire s'appuiera sur le Rhin, épine dorsale de l'Est de l'Empire.
2) L'après Traité de Verdun Le Traité de Verdun de 843 partageant l'Empire en trois parties, attribuera à Lothaire, l'aîné des fils de Louis le Pieux, avec le titre d'Empereur, un territoire étiré de la Frise à Rome. Le Nord de ce territoire, surnommé Lotharingie, une fois de plus, associera largement les territoires de notre "Grande Région" avec la Lorraine, la Sarre, la Rhénanie-Palatinat, le Luxembourg et la Wallonie. Les conflits entre les derniers carolingiens, les partages successifs et l'éclosion de dynasties nouvelles, entraîneront la constitution du Duché de Lotharingie, rattaché en 925 par Henri l'Oiseleur aux cinq duchés allemands. Ce Duché de Lotharingie, une fois de plus, recouvrira largement les territoires de notre "Grande Région" et se perpétuera jusqu'à la fin du Xvème siècle dans le cadre du Saint Empire romain germanique. Comme ce fut le cas à l'époque romaine, la destinée en commun de ces territoires se manifesta par des liens puissants sur le plan économique et culturel. La Rhénanie et la pays de Meuse furent le centre d'une extraordinaire activité culturelle attestée par des noms illustres, ceux de Rathier de Vérone, évêque de Liège avec sa bibliothèque classique commentée ; de Renier de Huy, auteur des fonts baptismaux de Saint-Barthélémy de Liège ; de Rupert de Deutz et sa prodigieuse œuvre mystique et exégétique qui a suscité les œuvres de tant d'artistes mosans et rhénans. Les abbayes rhénanes et mosellanes sont dirigées par des moines liégeois, le chapitre cathédral de Liège accueille en son sein des aristocrates rhénans, des chanoines de Liège font partie du clergé colonais. Sur le plan économique aussi, les échanges furent incessants. Le roman pays et le territoire germanique étaient associés, par des voies de pénétration fréquentées, tant au niveau de la métallurgie que de la production viticole. Le sujet, comme on le voit, est inépuisable.
Les réflexions développées ici montrent bien que les frontières administratives actuelles n'avaient aucun sens au Moyen Age et à l'Epoque romaine. Les éléments de la "Grande Région" apparaissent bien indissociables et complémentaires et le postulat de la "Grande Région" s'inscrit bien dans une tradition ancienne profondément dynamique. C'est ainsi que la "Grande Région" trouve sa justification.
(André ASKENASI)
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